Miniature article PlayStation tue le physique
Miniature article PlayStation tue le physique

PlayStation tue le jeu vidéo physique

Ce fut une annonce des plus surprenantes, le genre de nouvelle que j’aurais plutôt vue arriver chez Xbox en premier : PlayStation arrêtera, à partir de 2028, la sortie de ses jeux vidéo sur disque. Cette annonce officielle, publiée sur le blog de Sony, a fait exploser les réseaux sociaux, quelques jours seulement après le séisme autour de GTA 6 sans version physique, qui avait déjà relancé le débat sur la fin du jeu physique. Pourquoi une telle décision en faveur du 100% dématérialisé, et ce choix est-il vraiment sensé et logique pour l’avenir du gaming ?

PlayStation arrête les disques dès 2028

C’est en début d’après-midi, mercredi, que PlayStation a annoncé sur son blog officiel que la société allait stopper la vente de jeux vidéo au format physique à partir de janvier 2028. Sony explique que ce choix découle naturellement des nouvelles habitudes des consommateurs et qu’il ne fait que suivre le mouvement. Une façon de dire que la marque s’adapte aux tendances plutôt que d’imposer sa volonté. Toutefois, la firme communique très peu de données pour aller plus loin. Pour comprendre la réalité du marché, il faut donc se tourner vers ses bilans financiers.

Capture d'écran du communiqué de PlayStation où il dit suivre les consommateurs
Capture d’écran du communiqué de PlayStation où ils disent suivre les préférences des consommateurs

Et il est vrai que, selon ces chiffres, le jeu physique est désormais minoritaire. Pas nul, ni extrêmement faible, mais minoritaire, représentant environ 20% des ventes. Cela signifie tout de même que PlayStation va imposer ce choix du 100% dématérialisé à un cinquième de son public. Mais en creusant un peu, on remarque que ce chiffre global cache une réalité beaucoup plus nuancée, car le ratio varie grandement selon plusieurs paramètres.

Le premier facteur est le contexte local et économique. La crise sanitaire du Covid-19 avait, par exemple, fait bondir les téléchargements numériques. À l’inverse, la France reste un marché très attaché aux boîtes, notamment grâce aux grandes surfaces qui utilisent le jeu vidéo comme produit d’appel en tirant les prix vers le bas.

For the Jan-Aug period, for all titles with both physical and digital sales tracking, 53% of Switch software sales were done digitally compared to 52% in the same period last year.PS5 is now 78% digital vs 75% digital last year.91% of XBS software was done digitally this year vs 90% last year.

Mat Piscatella (@matpiscatella.bsky.social) 2024-10-18T18:26:18.216Z
Données de Mat Piscatella analyste sénior sur le ratio du numérique chez les trois constructeurs pour des jeux disponible dans les deux versions

Le type de jeu joue aussi un rôle crucial. Les titres massivement multijoueurs comme Battlefield ou Call of Duty consommés sur la durée pour des parties rapides profitent pleinement des avantages du numérique. Au contraire, les jeux solo narratifs comme God of War, Horizon ou The Last of Us incitent à l’achat physique. Les joueurs passent de nombreuses heures sur ces aventures et développent un véritable attachement à ces licences. Pour eux, cet attachement se traduit par le besoin de posséder un souvenir concret, un objet réel, qui passe par des éditions collectors, mais surtout par un disque.

Un objectif de marge

PlayStation utilise une rhétorique où tout le monde fait la même chose. Alors que dans les faits, ce n’est pas le cas. En Europe, des jeux comme Astro Bot ou God of War Ragnarök sont sur des ratios 50/50, prouvant un attachement, une préférence. Or, ces dernières années, les jeux solo PlayStation s’écroulent, avec des ventes en baisse. Pourquoi ? Car Sony mise sur les jeux-services, les jeux qui sont eux majoritairement pris en numérique, gonflant ainsi le ratio sur ces dernières années.

Daniel Ahmad de chez Niko Partners le précise : ce choix n’est là que pour réduire les coûts. Plus de production de boîtes, de disques, de transport et de stockage. Ce sont des coûts énormes qui seront économisés là où PlayStation touchera le jackpot sur le numérique. Et ceux qui espèrent une baisse du prix en numérique oublient que nous sommes dans un monde capitaliste. Nous sommes maintenant habitués aux jeux à 80€, pourquoi les baisser même si le numérique coûte moins cher ? Si vraiment ils voulaient le faire, ils auraient pu le faire bien avant et détruire le physique depuis des années. Façon Nintendo sur la Switch 2 avec les écarts de prix. Autant rester à 80€ sans possibilité d’aller ailleurs pour les joueurs et faire des marges folles.

Car c’est l’un des points noirs de cette annonce : nous, joueurs, nous n’avons plus le choix. C’est le PlayStation Store et c’est tout, un monopole. Et un monopole est rarement bon. Et pour ceux qui disent que sur PC ou mobile il n’y a que du numérique : oui, mais il y a différents stores, donc une concurrence (Steam/Epic/GoG sur PC ou les stores alternatifs sur mobile devenus obligatoires en Europe). Donc, des alternatives. Sur PlayStation, ce n’est pas le cas. Ainsi, PlayStation contrôlera les prix et les réductions. Des pratiques comme les prix dynamiques pourraient se généraliser. Un jeu a du succès, il augmente. Sony sait que tu vas acheter ce jeu, il pourrait l’augmenter juste pour toi.

PlayStation veut le contrôle

PlayStation aurait ainsi pleinement le contrôle sur son système, zéro possibilité pour les joueurs de faire quoi que ce soit. Aucune garantie de conserver ses jeux sur le long terme. PlayStation vous bannit, avec ou sans justification, et c’est perdu. Un hack de votre compte, pareil, sachant que les comptes Sony ont des faiblesses connues. Vous êtes soumis aux règles du PSN, notamment le fait qu’il n’est pas possible de changé de pays. L’obligation du RGPD qui oblige à supprimer un compte inactif au bout de trois ans, et c’est perdu. PlayStation retire un jeu, ils n’ont pas besoin de votre avis. Et les exemples sont là : il y a une semaine seulement, PlayStation supprimait plus de 500 films de son store, et si vous les aviez achetés, tant pis, pas de geste, rien, juste au revoir. Et si la boutique ferme, pareil, vous n’avez plus rien.

Mais avec la fin du physique, c’est aussi la fin du partage de jeux. Vous savez, ce que Sony avait mis en avant de manière magistrale face à Xbox en 2013 pendant les annonces de la Xbox One face à la PS4. Alors aujourd’hui, les comptes peuvent encore être partagés. Mais pour combien de temps ? Netflix et les autres ont tout stoppé, pourquoi pas PlayStation ? La société ne propose même pas de système de partage de jeux numériques, chose que Nintendo fait via ses cartes virtuelles. Non, l’entreprise semble vous pousser à payer, et juste payer.

Autre disparition, c’est tout le marché de l’occasion, un marché qui n’existe pas dans les comptes de Sony. Ça les dérange peut-être ? Un marché qui est tout de même important, car c’est un moyen facile et peu cher de jouer à des jeux. Dans le contexte économique d’aujourd’hui, avec le prix actuel des jeux, combien se tournent vers ce marché pour profiter du média sans se ruiner ? La mort du physique rendra l’expérience PlayStation plus luxueuse, plus aisée, laissant au bord de la route ceux qui ne peuvent pas suivre.

C’est aussi pareil pour la rétrocompatibilité. Pour le numérique, pas de souci, mais si vous avez vos jeux en physique ? Vous serez très certainement perdant, à moins que la société ne mette en place quelque chose. Chose que Xbox serait en train de développer de son côté. Mais aucune garantie que ce soit le cas, ou que ce soit gratuit. PlayStation pourrait vous forcer à payer. Car il est bien impensable de voir une PlayStation 6 avec lecteur aujourd’hui.

Tout était prévu ?

Mais une question se pose : est-ce que PlayStation n’a pas poussé cela ? Car on a appris que l’une des principales usines qui produit les disques va déjà se reconvertir, chose qui ne se fait pas sur un coup de tête. Et quand on regarde le passé, c’est vrai qu’il y a des signes qui s’alignent. Comme dit plus haut, le choix des jeux-services, qui eux sont plus vendus en numérique, est un premier pas. Mais le plus éclatant reste la PlayStation 5 en elle-même.

Dès son lancement, la console a été vendue en deux formats : numérique ou avec lecteur. Cependant, la version numérique était 100 € moins chère, la mettant plus en avant que l’autre. Puis la Slim et la Pro sont arrivées, et Sony est allé plus loin. Elles étaient vendues de base uniquement en version numérique, sans lecteur. Mais Sony, en grand prince, a sorti un lecteur de disque en accessoire. Un accessoire qui a toujours été une horreur à trouver tant les stocks ont toujours été faibles, et que Sony n’a jamais produit massivement. Même encore aujourd’hui, les messages de stock limité et de limite d’achat sont présents sur le store PlayStation.

Capture d'écran du PlayStation store du lecteur de disque amovible PS5
Capture du store en ligne PlayStation datant du 4 juillet 2026

Les joueurs grogne vers ce futur sans disque

Mais l’ironie de la chose, c’est que Sony risque de ne pas utiliser l’argument écologique. Car j’ai bien utilisé le terme disque et non boîte. Le communiqué ne mentionne que les disques, ainsi on pourrait toujours avoir des boîtes, mais sans rien à l’intérieur excepté un code. Tiens, comme pour GTA 6 ; d’ailleurs, est-ce que Sony aurait dit à Rockstar de sortir le jeu uniquement sous cette forme. Un moyen aussi pour Rockstar et Take-Two de forcer les gens à acheter GTA 6 plein tarif sans possibilité de revente. Mais caché derrière l’excuse d’éviter les fuites. Et étrangement, les deux annonces tombent à deux semaines d’intervalle.

Ainsi, Sony profiterait de ces boîtes avec code à l’intérieur des rayons de magasins, qui restent essentiels, semblerait-il encore. Mais ils minimisent les coûts derrière en supprimant le disque, et sûrement la boîte à l’avenir. Mais ce futur ne plaît pas aux joueurs, moi compris. Et ils le font savoir : le tweet d’annonce enregistre une activité massive. PlayStation semble pour le moment faire le mort sur les réseaux. Chose déjà vue après l’annonce de la fermeture du studio Bluepoint.

Mais les joueurs commencent à aller plus loin que de simples tweets. De nombreux joueurs annoncent qu’ils abandonnent PlayStation malgré des années de fidélité. Il y a de nombreuses pétitions de lancé avec déjà des dizaines de milliers de signatures. D’autres se désabonnent massivement du PSN, sachant que des rumeurs parlent de possibles nouvelles hausses dans le futur. Et il est vrai que toucher au portefeuille de Sony pourrait faire réagir. Mais j’estime peu probable un retour en arrière. En effet, je pense que ce qu’on voit sur les réseaux est un effet des réseaux. Ainsi, le grand public, lui, celui qui joue moins mais qui est plus nombreux, va ignorer cela et juste s’accommoder de ces changements.

À moins que les politiques s’en mêlent

En France, le candidat à l’élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon a pris la parole sur le sujet de Sony et de GTA 6. Il rappelle que cela ne permet plus de vraiment détenir ce qu’on achète, que le jeu vidéo n’est pas qu’une marchandise et qu’il souhaite faire quelque chose s’il est élu. Au-delà du côté politique, il faut rappeler que le candidat de gauche a mentionné à plusieurs reprises l’industrie du jeu vidéo, et notamment celle française. Ainsi, cette exposition pourrait faire connaître la situation a un plus grand nombre.

Cela pourrait aller aussi plus haut. En 2028, PlayStation sera en situation de monopole sur sa plateforme avec son PS Store, et cela ne risque pas de passer pour l’Union Européenne. En effet, en Europe, il existe le Digital Markets Act (DMA), un ensemble de règles pour laisser plus de choix aux utilisateurs. C’est cette loi qui impose à Apple ou Google des stores alternatifs sur leurs appareils par exemple. Et ce DMA pourrait toucher Sony : l’entreprise est assez valorisée en bourse et touche assez d’utilisateurs pour être concernée. Reste à savoir si l’accès aux revendeurs et si des boîtes avec code peuvent suffire. Mais il y a de fortes chances que Sony ait pensé à cela. Même s’il est aussi possible que l’Europe puisse créer quelque chose de nouveau afin de protégé les utilisateurs.

Un risque pour PlayStation ?

Cependant, il reste un espoir je pense. Beaucoup voient dans ces changements un Sony digne de celui à l’époque de la PS3, celui qui se croit seul et tout-puissant, capable de dicter sa loi. Mais le contexte actuel pourrait créer une chute encore plus violente. Avec la crise de la mémoire, le prix des composants explose et aujourd’hui certains voient que la PS6 pourrait atteindre des prix exorbitants, voire dépasser les 1000 €. Mais comment vendre une console aussi chère ? Surtout que le prix des jeux augmente aussi.

Photo de Sony lors de l'E3 qui annonce les prix de la PS3
Photo de Sony lors de l’E3 qui annonce les prix de la PS3

Il est donc possible que le lancement de la future console de Sony soit un drame car trop chère. Un public de fans essentiel au début réduit par les choix de l’entreprise sur le physique et autres, n’aiderait pas. Et même si la machine est seule, car Xbox a ses propres soucis, rien ne garantit des ventes. Et comme avec la PS3 qui a subi des révisions et des baisses de prix, il ne serait pas impossible de voir Sony être obligé de faire machine arrière sur certains points pour sauver son avenir.

Bien que je mette Nintendo un peu à part, les deux sociétés ayant des stratégies différentes, avec sa Switch 2 performante qui sera bien là face à une PS6 qui se lance, Nintendo pourrait récupérer des parts avec une console bien moins chère et des jeux disponibles en physique. Des jeux Game Key Card qui offrent du physique à moindre coût pour les studios/éditeurs, et la présence massive des tiers. Sans oublier le PC, certes cher, mais qui possède des jeux moins chers avec une grande offre. Le futur n’est donc pas forcément acté, même si cela n’est que spéculation et que la puissance de l’image de PlayStation pourrait suffire à faire vendre malgré tout.

Dites-moi ce que vous en pensez en commentaire. Si vous êtes pour ou contre, si vous manifestez votre mécontentement ou si vous serez là pour la PS6 quoi qu’il arrive.

Sources :

En réponse aux changements de tendance dans les préférences des consommateurs, les nouveaux titres sortiront sur le PlayStation Store et auprès de distributeurs uniquement au format numérique – PlayStation

Jeux physiques PlayStation : quand les statistiques globales masquent les usages réels – Chocobonplan

Fin des jeux physiques : Sony sacrifie déjà sa toute dernière usine de disques PlayStation pour produire autre chose – Les Numériques

Mat Piscatella sur Bluesky

How digital is the video games market in 2024? – Gamesindustry.biz

Astro Bot Sales Were 55% Physical In The UK And Nearly 60% In Europe – PlayStation Universe

PlayStation first-party game sales show a decline since 2020 – Game Developer

Daniel Ahmad sur X

Sony teste la mise en place de prix dynamiques sur les jeux du PlayStation Store – Gamekult

Sony estime pouvoir encore augmenter le prix du PlayStation Plus – Frandroid

Xbox teste Disc2Digital : un outil pour convertir vos jeux physiques en versions numériques – Frandroid

Sony va supprimer 551 films achetés sur le PlayStation Store, sans aucun remboursement – Frandroid

Sony Earns Community Note as It Quits Social Media for Days After Killing Physical Games – Push Square

Jean-Luc Mélenchon sur X

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